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Des résistances féminines actives à l'aube des élections

La candidature d'une femme à la présidence n'est pas un fait banal au Honduras. Encore moins lorsque celle-ci présente toutes les chances de prendre les commandes de la république. La candidate du parti Liberté et Refondation (Libre), Xiomara Castro, incarne une génération de femmes résistantes et déterminées à affirmer qu'elles ne sont pas seulement des « mères de » ou « femmes de », statut longtemps assigné à la candidate de Libre, qui n'est autre que l'épouse de l'ex-président Manuel Zelaya. Depuis 2009, Xiomara Castro a forcé l'admiration des opposants au coup d'État en s'engageant sans concession pour la restitution de Zelaya au pouvoir.

Les résistantes honduriennes, citoyennes indésirables

Le parcours politique de celle qui concourt à la tête du pouvoir exécutif hondurien offre une photo intéressante de dynamiques de genre antagoniques, plus de quatre ans après le coup d'État. Certes, l'espace politique s'est incontestablement ouvert à la participation féminine, mais parallèlement, la violence de genre a atteint un seuil critique. En l'espace de 8 ans, le nombre de fémicides enregistrés au Honduras est passé de 175 cas en 2005, au nombre record de 606 cas pour l'année 2012 (d'après un rapport récemment rendu publique par la Commission Nationale pour les Droits de l'Homme au Honduras, CONADEH). En d'autres termes, une femme y est assassinée toutes les 13 heures. Dans 90% des cas, ces fémicides restent impunis, faute d'enquête sur les cas.

La corrélation entre l'augmentation exponentielle du nombre de fémicides, et l'arrivée en 2009 au pouvoir d'un gouvernement dans des circonstances anti-démocratiques n'est pas qu'une malheureuse coïncidence. Avec un peu d'audace, on pourrait même y voir une relation de cause à effet. Les femmes honduriennes ont été plus spécifiquement affectées par la violence à la suite du coup d'État, alors qu'elles sont descendues protester dans les rues, exerçant leurs droits de citoyennes. Dans une société patriarcale où le rôle de la femme hondurienne est traditionnellement confiné à la sphère domestique, l'occupation spontanée de l'espace publique par de nombreuses femmes a été considérée comme particulièrement subversive par le pouvoir nouvellement installé.

La réaction des forces de l'ordre honduriennes (police et armée) ne s'est pas fait attendre. Tout comme leurs compagnons de lutte masculins, les Honduriennes ont été durement réprimées, mais ont aussi été victimes de violences discriminatoires : viols, agressions et harcèlement sexuels, torture. Plusieurs organisations féministes honduriennes, dont le travail de défense des droits des femmes avait commencé bien avant 2009, ont dénoncé ces violations dès les premières violences.

Des observatrices contre la fraude électorale

C'est dans cette même optique de dénonciation des violations des droits des femmes que se sont réunies environ 40 féministes les 19 et 20 novembre derniers, en vue de constituer un Observatoire des Violations des Droits de l'Homme et des Résistances Féminines dans le contexte électoral. L'initiative, apolitique, a été impulsée par diverses organisations féministes honduriennes, centraméricaines et internationales (parmi elles, les Féministes en Résistance, le Centre d'Études sur la Femme-Honduras, l'Initiative Mésoaméricaine des Petateras, le Réseau de Défenseures, etc.). « Nous souhaitons rendre visibles les violations des droits de l'homme et des femmes dans le cadre électoral, tout comme les résistances et les transgressions de l'ordre patriarcal » explique Patricia Orozco (féministe nicaraguayenne membre des Petateras), aux dizaines de femmes qui s'étaient déplacées pour suivre l'atelier de formation à l'observation électorale. L'Observatoire, présent dans neuf départements, prétend prévenir et dénoncer une fraude électorale qui mettrait le parti Libre en déroute au profit du Parti National déjà au pouvoir, faisant peu de cas du respect des droits de l'homme. Ce scénario est redouté par les organisations sociales honduriennes, même lorsqu'elles ne soutiennent pas le parti Libre.

Vers une émancipation politique

Les deux journées ont permis d'aborder différents aspects de l'observation électorale, tels que la participation politique des femmes, la création d'un outil d'observation, ainsi que la sécurité, dans le cas où les élections embraseraient une nouvelle vague de violences sur le territoire hondurien. « N'oubliez pas que nous sommes porteuses d'une expérience de la violence, tout comme de la résistance » rappelle Melissa Cardoza (féministe hondurienne), mettant en avant la légitimité de ces femmes en résistance pour effectuer le travail d'observation qui leur incombe. Peu après, Patricia Orozco dissémine une dose d'espoir alors que l'amélioration de la condition féminine au Honduras se présente comme un chemin de croix  : « Nous sommes des combattantes, pas des victimes ».

Partisanes de Xiomara Castro ou pas, les femmes membres de l'Observatoire parviennent au consensus quant à l'impact positif que pourrait avoir l'élection de la première Présidente de la république hondurienne. Il s'agirait d'une véritable révolution de la participation politique des femmes dans l'espace social hondurien. En guise de clôture de l'activité, Suyapa Martínez (féministe hondurienne) rappelle aux participantes avec bon sens « N'oubliez pas que la première façon de combattre la fraude électorale est d'aller voter ».

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